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La médecine esthétique est en perpétuelle évolution, remise en question, adaptation, pour tenter de se calquer aux critères de beauté du moment… Mais cette médecine du rajeunissement commence à prendre de l’âge… Vieillit-elle bien ?

Une médecine aussi ancienne que l’humanité, aussi récente que les années 90… Pourtant l’équilibre semble être trouvé… Est-ce vrai ? A quel prix ? Mais au fait, qui est votre médecin esthétique ?

Pour s’efforcer de répondre à un maximum de questions, et parce que les médecins passent leur temps à parler du vieillissement, alors, pour une fois, on va s’attarder sur les origines de la médecine esthétique, Health-Aesthetics fait l’état des lieux avec l’aide du Docteur Nelly Danan, médecin esthétique dans le 19ème à Paris.

( Le médecin esthétique : C’est celui qui s’adapte, cultive son réseau, rayonne par sa réputation et fait face aux demandes parfois étranges des patients, avec en priorité, une définition de la beauté… )

Pourquoi la médecine est-elle passée esthétique ? Demande du grand public ? Appât financier ? Attrait soudain du médecin pour la beauté ?

Nelly Danan – Non, l’attrait pour la beauté est une quête éternelle et intemporelle.
La médecine n’est pas passée esthétique, elle a juste mis le focus sur l’accompagnement en douceur du temps qui passe.
Cela s’inscrit dans une logique globale de santé, de bonne alimentation, d’hygiène de vie et du « bien vieillir » dans une société où l’espérance de vie augmente, repoussant les limites de la longévité…

Elle porte d’ailleurs très mal son nom puisqu’elle se nomme à présent médecine « anti-âge » (et non plus « médecine esthétique »)…

Pour moi, elle pourrait plutôt s’appeler médecine « pour l’âge » car l’anti-âge est un combat perdu d’avance… : Nous prenons un jour chaque jour et une année à chaque anniversaire… C’est une médecine qui accompagne le temps qui passe, et va donc dans le sens de l’âge. Elle ne doit pas contrer le temps mais le protéger. Elle ne doit pas transformer un visage mais en sublimer la beauté tout en finesse…

Mais au fait, quelle demande trouvait-on il y 20 ans ?

Nelly Danan – On trouvait une demande de beauté et de jeunesse comme de tous temps mais la réponse était alors principalement chirurgicale, jusqu’à l’arrivée des injectables dont la promesse était, par un acte simple et ambulatoire, de satisfaire une demande de rajeunissement sans passer par la case bistouri

Il y a 20 ans, c’était la grande vogue des non-résorbables (silicone) et des semi-résorbables dont on ne connaissait pas encore la dangerosité.
L’usage à visée esthétique de la silicone est interdit en France depuis le 31 mai 2000 (Légifrance, 2000).

Les semi-résorbables tels que Dermalive®, Dermadeep® et Novasoft® à base d’hydrogels acryliques ont généré un nombre important de complications invalidantes et inesthétiques recensées par les autorités sanitaires.
Ils sont constitués de deux éléments : Des particules solides microsphériques associées à un véhicule d’injection fluide (souvent de l’acide hyaluronique). Lorsque ces produits sont injectés, les microsphères provoquent une réaction de fibrose locale, qui permet la formation de néocollagène remplaçant progressivement le gel vecteur. Ces produits ont occasionné de nombreux effets secondaires tels que granulomes et les nécroses pouvant surgir à court ou très long terme de l’injection initiale.

A côté de ces produits « miracles », nous disposions alors de 2 grandes familles de produits résorbables pouvaient occasionner de redoutables réactions inflammatoires et/ou allergiques mais ils disposaient d’une sécurité indéniable : Ils étaient RESORBABLES :

– Un premier acide hyaluronique d’origine aviaire purifié à partir de la crête du coq commercialisé dès 1995 (la grippe aviaire n’arriverait qu’en 2004). L’ingénierie moderne a permis plus tard la production d’acide hyaluronique par voie microbienne (Restylane* en 1996 puis Juvederm* en 2000, puis tous les autres…)
– Le collagène bovin apparu dès 1975 aux Etats-Unis (l’encéphalopathie spongiforme bovine n’arriverait qu’en 1990) Il était obtenu par extraction du derme bovin puis purifié.

Les diplômes esthétiques, plus récents que les débuts de la médecine esthétique ?

Nelly Danan – Il y a 20 ans, il n’existait aucun diplôme post-universitaire validant une quelconque compétence en médecine esthétique.
En France, les formations étaient un peu anarchiques et aléatoires, chacun y allant de sa petite expérience.

Personnellement, ma formation a commencé il y a un peu plus de 20 ans par un stage organisé dans une clinique parisienne, puis s’est poursuivie par « compagnonnage », c’est-à-dire formation chez des confrères qui acceptaient de me recevoir à leur cabinet.

Ensuite, ce sont les laboratoires qui ont joué un rôle important dans ma formation, puis bien évidemment, depuis de nombreuses années, des instances plus académiques, telles que les associations médicales et congrès dispensant des formations post-universitaires.
Depuis une quinzaine d’années, il existe de plus en plus de formations encadrant très sérieusement la médecine esthétique.

 » Seule la formation à la médecine morphologique et anti-âge est reconnue par le Conseil national de l’Ordre des médecins. Ce DIU , proposé depuis 2 ans dans cinq universités, est ouvert à toutes les spécialités médicales. Ce diplôme vise une prise en charge globale de la gestion du vieillissement qu’il soit intellectuel, affectif, cardiovasculaire, nutritionnel ou encore sexuel. En revanche, les actes à la frontière de la chirurgie esthétique comme les injections de toxine botuliques ou d’acide hyaluronique, et l’utilisation de lumière pulsée leur sont interdits. Seuls 80 médecins peuvent y accéder chaque année après un examen probatoire…

Autre formation possible, celle délivrée par le CNME. « Notre diplôme est le plus complet pour acquérir les compétences nécessaires à la pratique de la médecine esthétique, explique le Dr Charles Gadreau, président du SNME. Dure 2 ans à raison de 3 jours par mois de cours théoriques à Paris, plus des stages pratiques d’une journée à une semaine. A ce jour, nous avons formé 800 médecins à toutes les techniques esthétiques non chirurgicales. Nous aimerions que notre enseignement privé soit reconnu par les autorités françaises  »

Dernière possibilité de se former, lors d’ateliers proposés par les laboratoires pour la promotion de leurs produits, et sans cours théoriques. C’est certainement cette méthode-là la plus utilisée, soit pour démarrer, soit pour se former aux nouvelles techniques. « (Source : Medecinews)

Le début des labos, avec les premiers injectables…

Nelly Danan – Inamed, laboratoire américain fabriquant le premier acide hyaluronique HYLAFORM* a été très actif dans la formation des médecins aux injections il y a 20 ans, de même que le labo ayant fabriqué le premier collagène américain (Zyplast*). Les workshops organisés par ces labos étaient très instructifs et apportaient une formation pratique très précieuse.

Le grand tournant pour moi, médecin esthétique français, a été l’arrivée sur le marché du Juvederm en 2000, commercialisé par un labo Français qui se trouvait en plein Paris, le laboratoire Cornéal. Nous avons pu dès lors, bénéficier d’une gamme de plus en plus large d’acides hyaluroniques.
Ensuite, la machine n’a fait que s’emballer et on ne compte plus actuellement le nombre de labos fabricant l’acide hyaluronique.

Aujourd’hui, la médecine esthétique est présente sur tous les fronts, avec la multiplication des techniques qui offrent des réponses aux patients, tout en conservant leur « naturel », mais au début, il a fallu passer par des « esquisses », et les premiers patients ont servi de « cobaye »… ?

Nelly Danan – Il y a eu beaucoup d’erreurs anciennes et/ou passées avec des produits qui n’ont pas tenu leurs promesses ou ont généré des effets secondaires imprévisibles à court, moyen ou long terme.

Toutefois, la concurrence entre les labos génère aussi une course vers l’excellence et la qualité dont les médecins, et par voie de conséquence directe, leurs patients bénéficient en termes de sécurité et de qualité.

Et les enjeux de demain ? Une boucle ou un avenir différent ?

Nelly Danan – Nul n’est prophète en son pays mais il y a fort à parier que nous ne sommes encore qu’au début d’un phénomène de société à la croissance exponentielle.
Pour moi, le premier enjeu de demain face à cette progression explosive est de garder la tête froide et de miser encore et toujours sur la qualité, la sécurité de nos actes.

Qui a donné le « la », patient ou praticien ? La médecine a-t-elle bien évolué ? A-t-elle su garder son éthique ?

La médecine essaye de se calquer à une image de beauté idéale, mais respecte-t-elle toujours cette promesse face au patient ? …

Nelly Danan – Les demandes des patients deviennent de plus en plus précises, voire pressantes mais le rôle du médecin est de poser les bonnes indications en utilisant les bons produits. Nous ne sommes ni des exécutants, ni des supermarchés vendant tel ou tel acte avec tel ou tel produit. Nous sommes décisionnaires en notre âme et conscience, des actes que nous réalisons.

Il n’existe pas de beauté idéale…
Prôner ce concept reviendrait à transformer les humains en robots ou en mutants. Chaque visage est unique et chaque acte esthétique doit composer avec cette unicité afin de sublimer la beauté et la grâce de chacun.

Et la chirurgie amie ou ennemie ?

Nelly Danan – La chirurgie n’est pas l’ennemie mais le prolongement et la partenaire de la médecine esthétique. Chaque technique a ses limites, nous ne sommes ni tout-puissants ni omnipotents. Nous devons récuser un acte esthétique médical quand il est superflu ou non indiqué, et savoir passer la main au chirurgien lorsque c’est nécessaire, dans l’intérêt du patient qui reste toujours notre priorité absolue.

Médecine esthétique, véritable thérapie utile et pas futile…

Et aujourd’hui …

Quel est le sens de la médecine esthétique aujourd’hui ? Est-ce celui de la vertu (la guérison) ou celui de la perversion (mutilation à des fins commerciales) ?
Quand la tyrannie du paraître règne. Le diktat de la mode et ses apparences triomphent…
Un manque d’estime et d’affirmation de soi. Le fantasme de la transformation du corps est réel et avec lui le souhait de posséder le pouvoir de maitriser le passage du temps sur notre corps. L’identité collective a laissé place donc à l’identité individuelle. Une quête difficile…

L’être humain a-t-il un besoin compulsif de construction ou de reconstruction identitaire ? Qu’est ce que la recherche identitaire ? Une quête de dignité ? Une recherche d’un rôle social ?

Le résultat ultime d’un acte esthétique serait celui d’une dignité retrouvée qui fait que la personne peut affronter sans crainte son propre regard. Kant ( Philosophe ) l’a bien montré : Alors que la valeur se réduit au prix que peuvent avoir les choses que l’on acquière, la dignité se mesure au respect que l’on doit avoir pour les autres et pour soi-même. C’est à cette dignité humaine perdue que la médecine esthétique doit se confronter dans chacun de ses actes pour pouvoir à son tour la rétablir.
L’identité (et donc cette dignité) recherchée …

Deux identités existent : L’être et le paraître.
L’être se construit au fil du temps, le paraitre est son habit de scène.
L’importance du paraître est légitime pendant la période plus ou moins longue de construction de l’être. Ensuite le paraitre s’estompe au fil du temps, quand l’être reprend le dessus. C’est là que la médecine esthétique intervient en vue d’aider à la construction identitaire, à condition d’aller dans la bonne direction.

La tyrannie de l’apparence …
Elle peut survenir lorsque l’image de soi est dépréciée, difficile, lorsque son apparence provoque insatisfaction. La beauté est un désir, la jeunesse en est un autre. Le bien-être encore un autre. Les désirs, les fantasmes et l’imaginaire existent. En cause : l’idéologie hédoniste (désir de beauté, désir de jeunesse, désir de bien-être ; estime de soi, image du corps, charisme…)
Médecins esthétique, médecin l’apparence …

Pour les médecins de l’apparence, le challenge est de comprendre et traiter un patient qui veut passer d’une apparence contestée à une apparence espérée, ce qui est pratiquement irréalisable. C’est une quête difficile et pourtant il s’agit d’un contrat moral essentiel.

La réussite d’un acte médical esthétique est peut être la satisfaction du patient envers son image, ayant à l’esprit l’imaginaire qui l’anime, loin de l’idéalisation artistique…
La médecine du paraître est bien une médecine de l’âme d’une reconstruction identitaire…

Le charisme est-il la quête suprême de tout acte ? Est-ce une garantie de bonheur ?

Le charisme n’existe que par une composante dynamique émotionnelle. Le charisme est indépendant de l’âge et de la beauté, et prend racine dans l’entente parfaite entre l’être et le paraître. Il fait souvent l’unanimité, ne se discute pas, il est une évidence. Mais le charisme est-il inné ou acquis ? Peut-on le fabriquer ? Nait-on charismatique ? Peut-on devenir charismatique ? Peut-être si l’estime de soi est potentialisée ? Mais peut-être que cela ne suffit pas…